planning d’activité

mon chef m’a demandé de trouver une représentation visuelle sympa pour le planning de l’équipe

j’ai proposé une représentation sous forme de cercles concentriques avec les noms des projets

en dehors des cercles, deux zones : congés et RTT

chaque soir avant de partir, chaque personne prend une fléchette et la lance, et il devra consacrer sa journée du lendemain au projet sur lequel il est tombé

sauf s’il tombe sur une des cases congés, dans ce cas, il ne vient pas le lendemain.

ça a l’air de marcher du tonnerre, la plupart des gens se sont déjà entraînés à lancer un aimant sur ma feuille placée sur le tableau magnétique, en visant les congés, mais il faut dire que c’est pas facile avec un aimant.

j’ai déjà eu des propositions d’amélioration : à la place des noms des projets, la photo des chefs de projet ; et plutôt que des aimants, des fléchettes. 

quelques jours après… le planning d’activité est adopté par l’équipe. Tout le problème vient de la revanche du chef. Suite à mon planning, il a inventé le râlomètre. Régulièrement il déplace l’aiguille sur la bonne case : est en train de dormir / râle contre son PC / commence à agacer son voisinage / agace sérieusement le chef. Même pas drôle !!

signe particulier : robe tricolore

Lorsque nous avons vu Graffiti à la SPA, nous nous sommes demandés s’il s’agissait d’un mâle ou d’une femelle, et on nous a répondu : « elle est tricolore, ça ne peut être qu’une femelle », et cela m’a intriguée. Je me suis dit « sûrement une histoire de chromosomes sexuels »
Lorsque j’étais en classe de 1ère scientifique au lycée, j’étais passionnée par la génétique : comment un enfant peut-il avoir les yeux bleus si les parents ont les yeux bruns ? et autres problèmes du genre.

Et l’autre jour, me promenant sur le site du CNRS en lisant les communiqués de presse, je tombe sur un article au titre accrocheur :    Comment les femelles « font taire » de manière réversible un de leurs deux chromosomes sexuels ? [1] link


Cet article explique que ce sont deux chromosomes, les chromosomes sexuels, qui sont responsables de la différence entre les mâles et les femelles chez les mammifères (donc en particulier les humains et les chats).
Les mâles possèdent un chromosome X et un chromosome Y, alors que les femelles ont deux chromosomes X.
Pourquoi les appeler X et Y ? A cause de leur forme, l’un a la forme d’un X, l’autre d’un Y. On a très vite constaté que le Y serait un X auquel il manque un morceau.
Le chromosome X en raison de sa grande taille est donc porteur d’un nombre plus élevé de gènes que le chromosome Y.

Afin d’éviter que le fossé entre les sexes ne se creuse, la nature a trouvé un moyen pour compenser cette différence quantitative due aux chromosomes sexuels. Chez les femelles, un des chromosomes X est « inactivé » très tôt au cours de l’embryogenèse, ce qui se traduit par l’extinction de la quasi-totalité des 2 000 gènes portés par ce chromosome X.

Reste à faire un choix entre le chromosome X hérité du père ou celui de la mère. Encore une fois la parité est de mise puisque, chez la plupart des femmes, l’inactivation de l’X se fait au hasard et aboutit à une mosaïque de populations cellulaires dont certaines expriment le X maternel et d’autres le X paternel.

Le plus bel exemple de cette mosaïque sont les chattes tricolores : leur pelage noir, blanc et roux reflète l’inactivation de l’un ou de l’autre des chromosomes X.

?!? Mais on parle de Graffiti !
L’histoire m’a l’air encore plus énigmatique. Inactivation d’un chromosome ? Jamais entendu parler ! Et lorsque je tombe sur une énigme, j’ai du mal à lâcher prise. Il faut que je comprenne. Mon chaton me semble soudain bien mystérieux !

Chat et génétique

Je décide donc de faire quelques recherches avec les mots clés « chatte tricolore » et « génétique », ce qui me donne les liens suivants :

Génétique du chat : répartition des taches colorées sur la robe des chattes écailles [2] link

La Chatte d’Espagne [3] link

Notre Graffiti possède 2 chromosomes X, un venant de papa et l’autre de maman, que je ne connais pas. Mais selon un tableau de [3], on peut en déduire au sujet des parents, que :
– maman était rousse et papa noir
– ou maman était noire et papa roux
– ou alors maman était tricolore et papa soit roux soit noir.
Dans le premier cas, maman aura donné à Graffiti un chromosome Xo (X portant la couleur rousse [pour simplifier]) et papa un X+ (X portant la couleur noire)
Dans le second cas, maman a donné un X+ et papa un Xo.
Dans le troisième cas, maman a donné un X+ et papa un Xo ou l’inverse
En tous cas Graffiti possède un Xo et un X+.

Je dis [pour simplifier] car en réalité le gène O (Orange) est le gène responsable du remplacement de la mélanine brune (à l’origine de la couleur de base) par de la mélanine jaune [2].
Il peut se présenter sous 2 formes :
– « X+ », allèle « sauvage », qui ne modifie pas les couleurs
– « Xo », allèle mutant, qui remplace la mélanine « brune » quelle qu’elle soit par de la mélanine « jaune ».

Notre Graffiti a donc reçu un Xo (appelé aussi O sur certains sites) et un X+ (ou O+ ou encore o). C’est cette dernière dénomination (o minuscule) qui me laisse supposer que Xo est un gène dominant car O majuscule ; X+ récessif car o minuscule.

C’est ici qu’intervient la fameuse inactivation d’un chromosome X ! « Normalement », Xo étant dominant, il devrait masquer le X+ récessif et la chatte serait orange (rousse). Mais certaines plages cellulaires désactivent le Xo dominant pour faire apparaître le X+ récessif [1] : la chatte possède donc les 2 couleurs rousse et noire !

Pour revenir à la remarque « Graffiti est tricolore donc c’est forcément une chatte », prenons le raisonnement en sens inverse.
Démonstration par l’absurde : supposons que Graffiti est un chat. Ce chat possède donc un chromosome X et un chromosome Y. Pour être roux et noir il faut qu’il ait un chromosome X porteur de roux et un autre X porteur de noir donc il est XX… donc c’est une chatte 😉
On trouve parfois des chats tricolores (un mâle sur 3000), ils ont alors trois chromosomes (XY + un X en trop) et sont quasi systématiquement stériles, c’est une anomalie génétique [3].

Influence de quelques autres gènes

On arrive jusqu’ici à une chatte bicolore. Mais Graffiti, elle, est tricolore : rousse, noire et blanche. En fait il faut savoir que chez le chat, le blanc n’est pas une couleur. C’est une absence de couleur : certains poils ne sont pas pigmentés.
Il faut chercher cette fois du côté d’un autre gène : le gène « S » (white Spotting) qui est responsable de l’apparition de taches blanches plus ou moins étendues sur la robe du chat [2]. Il existe sous 2 formes :
– « s », allèle « sauvage », qui donne un chat sans taches blanches
– « S », allèle mutant, qui aboutit à un chat particolore c’est à dire bicolore ou tricolore.
Graffiti possède donc un gène S qui fait que certains poils ne sont pas pigmentés donc blancs.
L’étendue des taches blanches proviendrait en partie du fait que le chat serait homozygote par rapport au gène S (c’est à dire qu’elle possède deux S dominants) ou hétérozygote par rapport au S (c’est à dire qu’elle possède un S dominant et un s récessif) mais il n’y a pas de certitude [2].

Un autre gène, appelé D (comme densité ou dilution) est responsable de la dilution de la couleur de base et de la couleur rousse [2]. Il existe sous 2 formes :
– « D », allèle « sauvage », qui ne modifie pas les couleurs
– « d », allèle mutant, qui transforme les couleurs vives en couleurs pastelles.
Sur son carnet de santé, Graffiti est « tricolore diluée » car ses couleurs ne sont pas noir et roux éclatants. Elle serait plutôt gris foncé et beige. On peut donc penser qu’elle possède un gène d.

Il y a encore beaucoup d’autres gènes qui entrent en compte [3], par exemple
– les gènes qui contrôlent les dessins (ou motifs) dans la fourrure et l’expression de la couleur : Agouti (A), Albinos (C), Tabby (T)
– nous avons parlé des gènes qui contrôlent la couleur de la fourrure et sa densité : Noir (B), Orange (O), Densité (D)
– les gènes qui contrôlent le degré et le genre de masque de couleur de base : White Spotting (S), Inhibiteur (I), Blanc (W)

Mais je vais m’arrêter là, ayant quelque peu levé le mystère de la fourrure de Graffiti ! Pour plus d’informations (par exemple, si votre chat n’est pas tricolore…), vous pouvez vous reporter aux deux liens cités plus haut.

La chatte d’Espagne

J’ai trouvé, toujours sur Internet, un site où l’on définit la chatte d’Espagne comme une chatte domestique ayant un gène qui lui donne 3 couleurs et que l’on appelle calico. Ce gène est absent chez les mâles.
Il semblerait qu’une certaine reine Isabelle d’Espagne aimait particulièrement ces chattes au pelage distinctif et les gardait sous son toit. Cette légende semble s’être perpétuée en Nouvelle-France mais pas en Europe car les Européens ne semblent pas connaître cette chatte d’Espagne.
Source : http://www.petitmonde.com/iDoc/Chronique.asp?id=28073

Question génétique, c’est assez simplifié 😉
Selon [3], c’est une appellation qui désigne la petite chatte tricolore, qui s’est perpétuée de génération en génération, depuis les premiers colons arrivés en Amérique, jusqu’à nos jours. Comme les contacts avec la France n’étaient pas très nombreux, leurs descendants n’ont pas su qu’en Europe, plus personne ne parlait du Chat d’Espagne. Ce n’est toutefois pas une race car l’appellation désigne une couleur. Il ne peut y avoir de race s’il n’y a pas de mâle.
« Phénomène rare, c’est l’une des rares exceptions où la femelle a de plus beaux atours que le mâle. À cause de ses couleurs éclatantes, la Chatte d’Espagne a réussi un miracle: faire l’unanimité sur sa beauté et son originalité. Elle est à part des autres chattes, un peu comme si… elle était magique! »

Graffiti serait donc une petite chatte d’Espagne, un peu magique… mais ce n’est guère étonnant quand on voit comment sa présence a transformé notre maison !

Remerciements

Merci au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) / Délégation à l’information scientifique et technique (DIST) de m’avoir autorisée à citer le communiqué de presse (lien [1])

éléments sur la disparition de la carte grise

Dans la famille des tête-en-l’air, je vous présente la fourmi et mr fourmi, tous deux en compétition pour la palme du tête-en-l’air d’or 2008.A force d’échanger nos voitures et leurs cartes grises, ce qui devait arriver arriva : nous en avons égaré une. Qu’on se rassure, il s’agit bien sûr de celle de mr fourmi (ben quoi ?) Je ne perds jamais mes affaires, seulement celles des autres. Accessoirement, je n’abîme jamais ma voiture à moi. Seulement celle des autres. Sans exception.

Je cherche donc comment demander un duplicata, et pour ça, mr service-public me dit de télécharger une déclaration de perte ou de vol, en trois exemplaires, à remettre ensuite en sous-préfecture ou à la mairie.

Jusque là, c’est bon. Je commence à remplir la feuille : nom du demandeur (mr fourmi), adresse, immatriculation.

Et puis plus bas : éléments sur la disparition de la carte grise : Date / Lieu / Circonstances

Mais… si je savais où je l’ai perdue, elle ne serait pas perdue !

le téléphone et les radiateurs

Un soir de la semaine dernière, le téléphone sonne. J’ai horreur du téléphone qui sonne quand je donne à manger à fourmisseau, alors j’expédie mr fourmi. Mon chéri, jamais contrariant pour un sou : « oui ? …. oui…. ok, lundi 18h30 »
hmmm ? keskidi ? c’était qui ?
– c’est pour changer les radiateurs, on a rdv lundi soir à 18h30.
– … (grrr)
En général quand ça me tombe dessus, j’ai forcément perdu mon travail ou eu un quatrième enfant ou alors je divorce et on vend la maison. Toutes les excuses sont bonnes pour me débarrasser du démarcheur, quoique je n’ai jamais essayé de me prétendre veuve (je me dis que ça en fait peut-être trop, des fois que le démarcheur connaisse quelqu’un dans notre entourage…)

Tant pis pour moi, je n’avais qu’à répondre au téléphone. RDV est pris !

Le lundi soir arrive, et moi avec, mais en retard, vive la circulation. Les hommes sont en grande discussion très animée. Je récupère fourmisseau qui clame à tue-tête sa désapprobation et j’essaye de lui donner à manger. C’est là qu’on entend des hurlements dehors : c’est encore le chat des voisins qui a attaqué la nôtre. Je récupère la mienne, griffée à la queue. Il parait que l’autre a un bout d’oreille en moins. Bien fait.

Bref je finis par coucher le petit, monsieur est encore dans ses explications techniques, ça a l’air fantastique, on signe tout, les radiateurs à fluide, le financement sur 12 mois, on lui offre même un jus de fruits. Il repart content, et moi je vais (enfin !) me pieuter.

30 minutes plus tard, mr fourmi déboule, angoissé, pour me réveiller :
– on s’est plantéééééééééés, c’est de la meeeeeeeeeeerde, faut tout annuleeeeeeeeeeeeer
– … (zzz)

(il faut bien reconnaître que mon sens inné de la répartie n’était pas au mieux de sa forme dans cette histoire…)

Le lendemain je prépare mes recommandés avec AR. Faut quand même que j’appelle le type, question de politesse. Mr fourmi veut pas. Moi non plus. Je me lance devant les mines goguenardes des collègues : « euh on sait pas si ça va marcher avec notre fil pilote, on réfléchit ». Pas moyen de lui dire carrément qu’on veut pas de ses radiateurs. Je raccroche dépitée, les collègues sont morts de rire.

Le matin suivant, je pars poster mes recommandés, ce n’est plus l’heure de tergiverser. Je rappelle. Gros problème, on a perdu la nounou, on est en panique, je vais peut-être devoir arrêter de travailler, on veut plus des radiateurs. Limite je suis arrivée lui faire verser une larme…

Mais j’ai regagné mes 3500 euros !

D’ailleurs il va falloir que je refacture mes recommandés à mr fourmi. Et puis interdiction formelle de répondre au téléphone. Non mais !

clara (2/2)

II

D’aventure en aventure, Clara avait un peu vieilli, mais elle n’avait pas oublié le bébé de la rue St Jacques. Elle gardait le bracelet comme un talisman, espérant que la vie avait été clémente pour l’enfant abandonné.

Un jour de printemps, elle passait à côté de la grille d’un jardin d’enfants. Les cris des enfants qui jouaient réveillèrent comme un vieux souvenir, elle s’approcha. Seule une fillette semblait à l’écart des autres, elle jouait distraitement avec un seau et une pelle, une femme assise sur un banc tout à côté la surveillait. Clara s’approcha de l’enfant. La femme lui sourit et, sans savoir pourquoi, lui adressa la parole.

« Elle ne répondra pas, elle est muette. Oh, pas de problème physiologique, non, les médecins n’ont rien trouvé. Elle a été abandonnée quand elle était bébé, on n’a pas retrouvé ses parents. Cela fait 4 ans. Elle n’a jamais voulu dire un mot »

L’enfant releva la tête, ses yeux rencontrèrent ceux de Clara. Les petites pupilles s’écarquillèrent, comme pour dire « Je te reconnais ! » Clara déposa le bracelet doré aux pieds de l’enfant et s’immobilisa. L’éternité était comme suspendue à cet instant. Soudain, l’enfant leva la main et désigna Clara, et tout à coup, elle prononça son tout premier mot, celui qu’elle avait peut-être réservé pour ces retrouvailles :

« Chat ! »

D’un bond gracieux, le félin se lova dans les bras de l’enfant et se surprit même à ronronner lorsque l’enfant lui caressa la tête, en répétant avec ravissement « Chat, chat ! »

On a beau ne pas croire aux contes de fée, il peut y avoir un lien qui se crée, au-delà du temps, des années, au-delà même des races et des espèces qui peuplent le monde, entre un bébé abandonné et une chatte de bohème. Clara a fini par croire aux contes de fée et abandonner sa vie de gouttière et ses rencontres d’un soir. Il paraîtrait même qu’elle passe désormais de longues soirées au coin du feu, et que la petite Romane l’appelle Choupette. Il n’est toujours pas question d’enfants ni de prince charmant, mais il est
certain qu’elles vécurent heureuses, et pour longtemps.

(texte écrit le 22/07/2007)

clara (1/2)

I

« Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » C’est du moins ce que nous enseignent les contes de fée de notre enfance. Clara ne croyait ni aux contes de fée ni aux avenirs tracés.

Clara se réveilla en sursaut et mit quelques secondes à se remémorer où elle se trouvait. Elle était enroulée dans des draps blancs qui dégageaient encore un parfum d’homme. Il s’appelait Bertrand, elle logeait dans son petit appartement depuis quelques jours maintenant.

Ils s’étaient rencontrés suite à un drôle d’incident, il tournait rapidement le coin de la rue, son attention fixée sur le message qu’il tapait sur un vieux téléphone portable, elle, plongée dans ses pensées, ne l’avait pas vu arriver, il l’avait heurtée sans le vouloir. Il s’était confondu en excuses, avait jeté le mobile dans le caniveau pour faire bonne mesure. Comme elle était un peu sonnée et bouche bée, il l’avait prise dans ses bras pour s’assurer qu’elle n’avait rien. Le soir même, elle partageait son lit.

Quelque part, un bébé pleurait.

Clara quitta le lit pour faire un brin de toilette et s’examina sans complaisance dans le miroir. Elle était encore belle, les années de bohème passaient sans laisser leur marque sur son fin visage, pour combien de temps encore ? Elle replaça quelques mèches ébouriffées par la nuit et recula, satisfaite de l’image que lui renvoyait le miroir.

Plongée dans ses pensées, elle ne s’aperçut pas tout de suite que le bébé avait cessé de pleurer. Cet état de grâce ne dura pas. Ces vieux immeubles avaient certainement été édifiés dans des temps reculés où on ne parlait pas encore de normes d’insonorisation, pesta-t-elle pour elle-même. Personne ne pouvait donc aller voir ce que voulait le bébé ?

Elle décida de sortir sur le balcon pour identifier l’origine des hurlements. Il lui semblait que cela provenait de l’appartement voisin. Elle avait beau se pencher, impossible de voir à travers les carreaux gris et opaques de saleté des voisins. La porte qui donnait sur le balcon des voisins avait été laissée entrouverte, les balcons n’étaient éloignés que de quelques dizaines de centimètres. Clara ne prit pas le temps de réfléchir plus avant, quelques secondes plus tard elle franchissait le seuil de l’appartement.

Il était vraiment miteux. Un matelas défraîchi était posé à même le sol, le bébé était couché là. L’ameublement était spartiate, une vieille table de camping tenait seulement sur les trois pieds qui lui restaient. Une tasse de café encore pleine, à côté un croissant finissait de se dessécher. Des vêtements jetés pêle-mêle sur le sol, de vieux magazines. Aucune autre trace de vie, hormis quelques mouches qui bourdonnaient encore, les pattes engluées sur un ruban jaune qui pendait de l’unique ampoule.

Clara s’approcha du bébé. Il ne criait plus, sans doute fatigué d’avoir pleuré sans résultat. Elle murmura quelques paroles apaisantes à son oreille. Un bracelet de naissance était posé sur le matelas, la fermeture cassée, il avait dû glisser du poignet du bébé. C’était une fille, une petite Romane. Sous le bracelet, une feuille
de papier d’écolier à grands carreaux couverte d’une écriture hésitante. Quelques mots griffonnés à la hâte, prenez soin de mon bébé, pardon, une lettre de remord ou d’adieu. Clara, épouvantée, réalisa que personne ne viendrait au secours du bébé, abandonné, il mourrait certainement de faim dans cette pièce.

Le bébé ouvrit les yeux. C’était comme des abîmes bleus insondables, dans lesquels était concentré à cet instant tout l’espoir du monde. Clara resta figée. Le bébé finit par refermer les paupières. Clara se mit à réfléchir à toute allure. Même si elle criait par la fenêtre, personne ne l’entendrait, elle ne savait plus à quel étage elle se trouvait, mais l’ascenseur avait mis longtemps à les amener là. La porte était verrouillée, elle ne pouvait pas sortir. La personne qui avait abandonné le bébé avait laissé une lettre mais peu de chance à l’enfant de survivre. Une idée se forma, et, saisissant un vêtement dans le tas de chiffons, elle se précipita pour le jeter par le balcon. Sûrement des passants se poseraient des questions ? Frénétiquement, elle jetait tout ce qu’elle trouvait, la tasse de café froid, le vieux croissant. Elle entendait des rires dehors, ils croyaient peut-être à une scène de ménage ? Désespérée, elle finit par jeter la lettre d’adieu, si seulement le vent ne l’emmenait pas trop loin !

Il n’y avait plus rien à jeter. Elle retourna auprès du bébé, sa respiration devenait sifflante, le pauvre ange s’épuisait de faim.
Enfin, un bruit de pas dans le couloir, des coups contre la porte, des cris : elle reconnut la voix de Bertrand. Clara réalisa qu’on trouverait pour le moins étrange sa présence dans la pièce.
Instinctivement, elle s’empara du bracelet de l’enfant et s’échappa par la fenêtre d’où elle était venue.

Bertrand avait laissé sa porte entrouverte avant de frapper à l’appartement voisin. Elle en profita pour prendre la poudre d’escampette. D’autres gens arrivaient vers l’appartement. Personne ne fit attention à elle.

concept-car de l’année 2007

Mlle Fourmi et M Fourmi
sont heureux de vous faire découvrir
en avant première
un modèle totalement inédit
issu d’une collaboration rapprochée

Romain Fourmisseau

9 mois de développement et de mise au point
un design totalement innovant
dans un châssis de seulement 3,170 kg pour 47 cm

calculateur inédit à apprentissage automatique
yeux à pupilles directionnelles
avertisseur sonore de plus de 90 décibels
carburant : lait maternel 100% écologique
pneus 2″ évolutifs jusqu’à 12″ et plus

A découvrir à partir du 4 avril 2007 à 16h43…

les aventures de Romain Fourmisseau

Ce mardi 3 avril au matin, j’ai rendez-vous à la maternité pour vérifier la position de fourmisseau, car au dernier rendez-vous le 20 mars, il était toujours en siège donc l’obstétricien veut programmer une césarienne pour le vendredi 6 avril s’il n’est toujours pas retourné.

Je pars donc cheveux au vent et programme de la journée en poche, essayer d’échanger notre appareil photo chez Darty car les batteries nous font des misères, prendre un dernier burger chez MacDo au centre commercial, admirer les pyjamas de bébés en me demandant toujours si ce sera un fourmisseau ou une fourmissette puisque nous n’avons pas voulu le savoir.

A mon arrivée à la maternité, on m’installe sous monitoring pendant 1/2 heure sans me laisser le temps de dire ouf, si j’avais su j’aurais essayé d’attraper mon bouquin dans mon sac à main, en plus la salle d’examens est en plein passage vers une autre salle d’examens. Je vois défiler plein de monde, ça fait passer le temps…

On me demande si j’ai des contractions, ben ça fait quelques mois que j’en ai, hein… mais comme je sais qu’on a des contractions pendant la grossesse et que c’est normal, et comme ce n’est jamais douloureux, je réponds que non. Manque de chance, il semble que le monitoring dise le contraire, il y en a donc un des deux qui ment, et la sage-femme a l’air de croire plus le monitoring, elle ne veut pas me laisser repartir. Elle a peur que fourmisseau ne veuille pas attendre le vendredi.

J’ai tout juste le temps de prévenir la famille et quelques amis que fourmisseau sera programmé pour le lendemain à 10h, avant de m’installer dans une chambre pour attendre que mr fourmi amène les valises (une chance, je venais tout juste de finir de les préparer).

Je passe ma soirée à m’acharner sur le doudou chat que je voulais tricoter d’ici vendredi, mais c’est mission impossible, tant pis, il faudra trouver un moment après la naissance !

4 avril, 6h du matin. On me réveille pour que je prenne une douche avant d’enfiler la tenue de combat pour le bloc opératoire et je suis privée de petit déjeuner. Mr fourmi arrive ensuite pour me tenir la main et on attend les brancardiers.

Une élève auxiliaire de puériculture qui souhaite assister à la césarienne nous donne des nouvelles régulièrement : « ah, vous n’êtes pas encore partie ? », mais comme ma césarienne a été programmée à la dernière minute, il faut s’intercaler dans le planning, ce n’est pas évident. Midi passe (« j’ai faim ») puis 16h (« j’ai encore faim ! ») et le brancardier arrive.

Il est temps de dire au revoir à mr fourmi, comme l’opération se passe au bloc, il n’a pas le droit d’y assister, il reste donc en haut pour réceptionner le colis lorsque je serai en salle de réveil.

Je passe un moment à trembler comme une feuille devant le bloc, avant qu’on m’y installe pour l’anesthésie. Quelqu’un doit avoir ajouté un truc dans ma perfusion, je pense que ça doit être un concentré de Bob Marley, je suis détendue… enfin, physiquement. Dans ma tête, il y a encore un certain stress, ça se voit car je raconte ma vie à tout le monde. J’arrive à ne pas broyer la main du gentil infirmier pendant l’anesthésie.

Enfin, 16h41, heure de la première incision.

J’entends le chirurgien parler à fourmisseau, ça y est, mon bébé arrive, il existe pour de vrai, et elle m’annonce « c’est un garçon ! » ; les larmes coulent, on me montre mon fourmisseau avant de l’emmener faire un brin de toilette, puis j’ai encore le droit de l’embrasser avant de partir en salle de réveil, un court instant d’émerveillement, mais si intense : je suis maman !

Il est 16h43, Romain Fourmisseau est né.

les animaux, la provence, et l’euro

« aidez les animaux, aidez les animaux », qu’y disaient »
après avoir trouvé une boutique d’alimentation bio pas loin de chez moi, je me renseigne sur le centre commercial près de mon boulot, paf, y a précisément une boutique « l’occitane en provence »
chouette me dis-je, je profite de ma pause de midi pour aller faire le plein de produits biologiques non testés sur animaux
enfin la fourmi devient consom’actrice
bref je flâne dans la boutique, je remplis mon petit panier d’osier, j’hésite sur la petite peluche, j’arrive à la caisse avec mes 2 gels douches, 2 shampooings, 1 baume à lèvres

« 54.50 EUROS S’IL VOUS PLAIT »

mon stylo s’arrête un moment, perché au dessus de mon carnet de chèques, je lève la tête, regarde la caisse qui annonce le même chiffre, je fouille dans ma mémoire, effectivement j’ai cru croiser un gel douche à 12 euros, ça ne m’avait pas surprise outre mesure, tous les gels douche en grande surface sont à
douze…
douze…
douze FRANCS
étaient à 12 francs pour être correcte

et j’ai le temps de les sentir passer, mes 54 euros 50, c’est pas comme la CB où tu tapes ton code, non, là, j’écris avec application :

ciiinnn….quaaan….nnte quuua….aattre eeeuuu…rrroos eeettt ciiinnn….qqquuuaaa…nnnte
cennn…tiiii…mmes

ARGH………………

alors pour ratrapper par rapport aux prix des hypers, il faudra que je me douche 6.55957 moins souvent, que je me lave les cheveux 6.55957 fois moins souvent, et que mes lèvres veuillent bien être 6.55957 fois moins sensibles au froid.

mais au fond je sauve 6.55957 fois plus d’animaux, non ?

et si j’arrivais à être 6.55957 fois moins stupide en faisant mes courses ?

la cuisine au chat

On dit toujours qu’une maison n’est pas adaptée aux enfants. Par exemple en cuisine ils peuvent attraper le manche des casseroles et se faire ébouillanter. Nous avons donc acheté une série de casseroles à poignée amovible. M’enfin, il faut le dire haut et fort : un enfant n’essayera jamais de sauter dans la casserole ! (voir RECETTE 1 : Chat au court bouillon) d’où REGLE 1 : chacune de tes casseroles un couvercle possèdera.
A côté, les steaks cuisent tranquillement dans la poële. Tranquillement… ? Mais se doutent-ils que, tapi sur le plan de travail, un fauve féroce s’apprête à partir en chasse ? (voir RECETTE 2 : Entrecôte de chat béarnaise) d’où REGLE 2 : en aucun cas de tes poëles tu ne t’éloigneras.
Le dessert maintenant : tarte du jour, pas de chance le four est un peu au dessus du niveau du sol, je sors avec précaution ma tarte lorsque j’entends un galop effrené derrière moi, tétanisée je pousse un hurlement de panique qui fait fuir le fauve. (voir RECETTE 3 : tarte au chat meringuée) d’où REGLE 3 : à l’utilisation du four, ton mari le chat fermement tiendra.
et ce n’est qu’une pièce de la maison !
Prochaine épisode : la lessive au chat.